TERRE D’ESSAIS ! MAIS DE QUELS ESSAIS S’AGIT-IL ?
Peu de personnes semblaient être au courant des activités de "TERRE D’ESSAIS" au service des maraîchers bretons depuis plus de 50 ans ! Terre d’essais a son siège sur la commune de Pleumeur-Gautier !
Alors, nous sommes allés interviewer son directeur Thibault NORDEY .

- Thibault NORDEY
UNE STRUCTURE RÉGIONALE
« Terre d’essais » est une station d’expérimentation spécialisée en maraîchage biologique. C’est un organisme technique qui ne s’occupe en aucun cas de commercialisation. Sa création date des années 70 et elle est spécialisée en bio depuis 1998.
Son but est de répondre aux besoins techniques des producteurs maraîchers en mettant en place des expérimentations. A chaque fin d’année, des commissions par légume réunissent les producteurs, conseillers agricoles et expérimentateurs pour échanger sur les problèmes rencontrés en culture pendant l’année et discuter des expérimentations à mettre en place pour identifier des avancées techniques. Nous mettons ainsi en place annuellement 35 expérimentations en plein champ et sous abris autour de trois principales thématiques : l’évaluation variétale, la protection des cultures et l’agronomie.
Le CERAFEL qui est une association d’organisation de producteurs (1700 environ) entre Brest et Saint Malo commercialise leurs légumes (140 environ) sous la marque « Prince de Bretagne ». Dès les années 70 les producteurs ont mis en place des structures techniques pour faire évoluer leurs pratiques.
Nous travaillons au niveau régional avec 3 autres structures :
- Le CATÉ (Comité d’action technique et économique) est une station d’expérimentation installée dans le Finistère (Saint Pol de Léon).
- L’OBS (Organisation Bretonne de Sélection), est une union de coopératives agricoles qui crée des variétés de légumes performantes répondant aux besoins des agriculteurs et des consommateurs.
- VEGENOV , organisme hautement qualifiées en biologie moléculaire, biologie cellulaire, protection et nutrition des plantes, qualité sensorielle et nutritionnelle.
Il travaille sur plus d’une cinquantaine d’espèces végétales de tout type : céréales, oléagineux, protéagineux, fruits, légumes, plantes horticoles, herbes aromatiques et médicinales.
Nous travaillons en étroite collaboration avec la Chambre d’Agriculture de Bretagne qui réalise du conseil agricole et de la formation auprès des agriculteurs. Cette collaboration est facilitée par la présence dans nos locaux de deux conseillers au sein d’une antenne de la Chambre d’Agriculture de Bretagne (SYNTEC).

- Essai de production de fenouil en serre non chauffée
THÉMATIQUES D’EXPÉRIMENTATION
La diversité des expérimentations que nous conduisons reflète la diversité des cultures maraîchères cultivées dans la région et la multitudes des problématiques techniques rencontrées.
1) Évaluation variétale
L’évaluation variétale représente 75 % de notre activité et s’intéresse à fournir des références pour aider les producteurs à choisir les variétés les plus adaptées à leurs conditions de production.
Nous cherchons notamment à identifier les variétés qui s’adaptent à notre climat et on les réévalue chaque année. Celles qui n’arrivent pas à s’adapter à l’évolution du climat sont abandonnées. Le choix variétal est donc un des premiers leviers pour s’adapter à l’évolution du climat.
Au-delà du rendement, de la qualité des productions et de la précocité, l’évaluation variétale porte également sur la résistance aux maladies. L’utilisation de variétés résistantes est une des principales pratiques agroécologiques mobilisées par les producteurs pour réduire l’utilisation de produits phytosanitaires.
Ainsi, chaque année, nous évaluons donc en moyenne 80 variétés de choux-fleurs et 80 variétés de tomates.
Nous mettons en places des programmes d’évaluations variétales sur d’autres espèces (actuellement courges, poireaux, fenouil et brocolis) en fonction de l’arrivée de nouvelles variétés et de l’évolution de la règlementation en agriculture biologique.

- Une quinzaine de variétés de poireaux sont évaluées pour des récoltes de novembre à mars
2) Protection des cultures
La protection des cultures est au cœur de nos activités. Notre spécialisation en agriculture biologique nous oblige à identifier des stratégies de protection qui ne s’appuient pas sur des produits phytosanitaires. Nous travaillons par exemple cette année sur l’utilisation de vinaigre alimentaire pour lutter contre une maladie de conservation en échalote – la fusariose – dans le cadre d’un projet national coordonné par la station d’expérimentation du CATÉ. Nous travaillons également depuis plusieurs années sur des programmes de lutte biologique qui consistent à utiliser des insectes (prédateurs ou parasitoïdes) pour limiter le développement d’autres insectes problématiques sur nos cultures (pucerons, chenilles, aleurodes…). Enfin, nous conduisons d’autres travaux pour évaluer l’intérêt d’introduire dans nos cultures des plantes aromatiques (coriandre, menthe, tanaisie…) pour repousser les insectes ravageurs.
3) L’agronomie
Une dernière thématique d’expérimentation concerne les problématiques agronomiques transversales à toutes nos cultures comme les rotations, la fertilisation, l’irrigation, et le désherbage. Nous travaillons notamment depuis plus de 20 ans à l’utilisation d’engrais vert. Il s’agit de la mise en place de couverts végétaux - généralement à base de légumineuses et de céréales – qui sont détruits et incorporés dans le sol en amont de la culture dans le but d’enrichir le sol et de nourrir les plantes.
Nous travaillons plus récemment sur des itinéraires techniques pour s’affranchir de l’utilisation de paillage bio dégradable (couverture de plastique noir) en culture de potimarron en désherbant mécaniquement (binage) et en semant des d’engrais verts dans les passages de tracteur pour empêcher la pousse des mauvaises herbes.
La problématique de gestion de l’eau est de plus en plus prégnante dans un contexte où les épisodes pluvieux suivis de périodes déficitaires en eau sont de plus en plus fréquents. A la demande des producteurs nous travaillons sur des techniques pour mieux évaluer la disponibilité en eau dans les sols.
Nos plans d’expérimentation varient selon les thématiques de 3 à 10 ans. Si après trois années de culture on a déjà une bonne idée du potentiel d’une variété, évaluer l’impact d’une pratique sur la qualité sol ne peut se faire que sur le temps long.
Expérimenter c’est accepter l’échec. Beaucoup de nos essais ne nous permettent pas d’identifier immédiatement des solutions exploitables par les producteurs. Les producteurs qui soutiennent la station en sont conscients et savent qu’il faut parfois du temps pour identifier des solutions à leurs problèmes. L’implication des producteurs dans l’expérimentation est primordiale pour travailler sur des pratiques adaptées à leurs contraintes et pour qu’ils se rendent compte par eux-mêmes des bienfaits de la technique trouvée. Nous appelons cela « la formation par-dessus le talus ». La capacité d’observer les résultats dans un environnement proche de chez soi, c’est ce qui marche le mieux en termes de diffusion !

- Evaluation de variétés de choux fleurs. On constate l’effet de la tempête Ciaran qui a fait pencher les plants
LE FINANCEMENT DE LA STATION
Bien que la station soit spécialisée en bio, elle est financée par les agriculteurs conventionnels et les agriculteurs bio. Au niveau du CERAFEL, bien que 10 à 12 % des producteurs soient en bio, 100 % des producteurs financent la station.
A l’origine, en 1998, ce sont quelques producteurs qui ont réussi à convaincre le collectif de l’intérêt de travailler sur le bio. Le collectif était conscient que les techniques développées en bio seraient également bénéfiques pour les producteurs conventionnels. Par exemple, l’utilisation d’engrais verts, la lutte biologique, initialement travaillés en AB sont dorénavant adoptés par l’ensemble des producteurs. Si les résultats sont concluants, les agriculteurs adoptent rapidement les techniques, quel que soit leur mode de production. C’est la formation par l’exemple qui marche le mieux encore une fois.
LE PERSONNEL DE TERRE D’ESSAIS
Terre d’Essais est une structure à taille humaine. Sept ETP (Equivalent Temps Plein (2 ingénieurs, 4 techniciens et une secrétaire) travaillent sur les 10ha en plein champ et les 5000 m² de serre.
La mutualisation indispensable des compétences
Au niveau national, nous sommes adhérents à une association de 15 stations régionales, l’IRFEL (Association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes).
Nous échangeons entre nous sur l’efficacité des techniques des uns et des autres et nous montons ensemble des projets pour répondre à des problématiques communes. Par exemple, le problème des pucerons sur la salade est national ou les problèmes sanitaires en tomate !
La présence dans nos locaux d’un ingénieur du CTIFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) renforce notre réseau au niveau national. Cette collaboration nous permet d’avancer sur des thématiques sur lesquelles nous manquons de compétences en interne (mécanisation, entomologie, thermodynamique)
Les projets nationaux dans lesquels nous sommes impliqués nous permettent de collaborer avec des centres de recherche (INRAE, CIRAD).
Les apprentis et stagiaires que nous accueillons chaque année nous permettent d’avoir un lien avec les structures de formation (lycée, université, école d’ingénieur…).
PRÉSENTATION D’UNE EXPERIMENTATION
Se passer de paillage en culture de potimarron

- Couvert d’avoine pour le potimarron
Culture de potimarron fin août quelques semaines avant sa récolte. Le développement du couvert d’avoine dans les passages de tracteurs est bien visible
Avec plus de 189 MT de chou-fleur, 156 MT de tomate et 17 MT d’artichaut, la Bretagne est la troisième région productrice de légumes . Les cultures de courges (potimarron et butternut) trouvent une place croissante dans les systèmes de cultures maraîchers Bretons. Les précipitations régulières, les températures tempérées et une faible pression sanitaire sont autant d’atouts pour les productions de courges en Bretagne Nord.
La culture de potimarron est généralement conduite avec un paillage biodégradable pour limiter l’enherbement sur le rang, réchauffer le sol au moment de la mise en place de la culture au mois de mai et conserver l’humidité. Après la récolte dans le courant du mois de septembre, le paillage biodégradable est ensuite incorporé dans le sol dans lequel il se dégrade progressivement avant la mise en place d’un couvert pendant l’hiver. L’intérêt de l’utilisation du paillage biodégradable est questionné du fait de sa vitesse de décomposition dans le sol, de son coût et de la présence éventuelle de résidus à la surface des fruits. En outre, en cas de forte pluviométrie, le paillage peut entraîner de fortes érosions des sols parce que l’eau va se concentrer dans les allées.
Des essais menés en station et chez les producteurs avec l’appui de la Chambre d’Agriculture de Bretagne ont mis en avant la possibilité de substituer l’utilisation de paillage plastique biodégradable par 3 à 5 désherbage mécanique (binage) pour gérer l’enherbement en culture de potimarron.
Ces essais sont conduits dans le cadre du Projet bassin versant Jaudy Guindy Bizien et Grand Trieux qui vise à améliorer la qualité de l’eau et des milieux aquatiques.
Les premiers résultats sont prometteurs mais la technique continue à être éprouvée à Terre d’Essais pour s’assurer de son efficacité avec différentes variétés de potimarron.
La capacité des potimarrons à couvrir rapidement la planche de culture est effectivement une des conditions nécessaires à la réussite de la conduite sans plastique. Le rendement et la qualité de différentes variétés de potimarron avec ou sans paillage biodégradable sont donc évalués.
Des capteurs (sondes tensiométriques) sont également placés dans les essais pour évaluer l’effet du retrait du paillage plastique sur l’humidité dans le sol. L’intérêt de l’utilisation d’un système de ‘goutte à goutte’ pour améliorer l’efficience de l’utilisation de l’irrigation est également évalué dans les essais conduits.
Enfin la compatibilité de la conduite des potimarrons (avec et sans plastique) avec la mise en place d’un couvert (avoine) en cours de culture est également à l’étude. Généralement semés après la récolte de potimarron en septembre octobre, l’essai vise à évaluer l’intérêt de semer le couvert entre les allées en cours de cultures (lors du dernier binage). En le semant plus précocement, cette approche vise à maximiser le développement du couvert et augmenter sa capacité de prélèvement de l’azote avant les premières pluies automnales.
Les résultats de ces expérimentations seront présentés aux producteurs et conseillers aux cours des visites de terrains, réunions techniques de fin d’année et lors de l’assemblée générale de la station. Les visites scolaires permettent également un temps d’échange avec les étudiants (BTS/licence professionnelle/ingénieur) sur nos travaux. Les travaux conduits seront enfin partagés avec les expérimentateurs et chercheurs d’autres stations régionales lors des groupes de travail nationaux organisés par les instituts techniques nationaux (CTIFL, ITAB).
Nous tenons à remercier les producteurs du CERAFEL, la région Bretagne, le département des Côtes d’Armor, les collectivités de communes LTC et GPA ainsi que l’Agence de l’eau Loire-Bretagne pour leur soutien dans nos activités.
Commune de
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